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  • Team Anemo CQ

« Nous sommes une espèce accro à la culture »


Toshiro Shimada - Getty

Nous sommes tous plus ou moins conscients quel’être humain est une espèce faiblepar rapport à d’autres mammifères : nous ne sommes pas rapides, ni agiles (malgré les nouvelles tendances managériales) ; nous ne savons pas vraiment grimper, ni nous camoufler dans la nature ; on ne voit pas très bien et on entend très mal (même quand on s’adresse directement à nous) ; notre système digestif est fragile et notre psychologie nosophobique crée des névroses maladives. Bref, une espèce plutôt vouée à la disparition immédiate. Comment expliquer alors que nous soyons au sommet de la hiérarchie animale ? Une addiction particulière serait à l’origine de notre force en tant qu’espèce :l’addiction à la culture.


Précisons tout de suite que nous ne parlons pas ici de la culture au sens institutionnel (e.g., la littérature, l’Art ou la musique). Nous nous référons à la culture de l’anthropologie culturelle, c’est-à-dire, à « l’ensemble plus ou moins lié des significations acquises [et] partagées par les membres d’un groupe [qui] tendent à assurer la reproduction par des voies non génétiques » (Carmel Camilleri -1985). Ainsi, nous sommes accros aux significations communes et partagées qui facilitent notre survie. En d’autres termes, nous aimons les normes sociales, y compris celles qui parfois nous invitent à contester les normes sociales...


DansThe Secret of Success : How Culture Is Driving Human Evolution, Domesticating Our Species, and Making Us Smarters, le professeur de biologie évolutive humaine à Harvard, J. Henrich, montre comment les normes sociales et notre capacité à suivre des règles nous ont permis de faire converger des efforts qui nous ont rendus plus forts et qui ont assuré ainsi notre survie. Notre addiction à cette culture s’explique, selon Joseph Henrich, par le fait que notre survie en tant qu’espèce dépend de cette capacité à incorporer des informations sur le mode de fonctionnement des groupes, ce qui nous permet de coopérer, de nous concerter, de négocier et de planifier des actions. Tout ce à quoi nous avons recours dans nos activités quotidiennes. Nous avons une addiction salutaire aux significations partagées, aux normes et aux règles communément acceptées car elles nous permettent de 'prospérer' (cf.Thrive).

En tant qu’espèce culturelle, nous ne pouvons pas survivre sans les inputs de la culture, qui s'expriment sous la forme de représentations communes sur le monde, son mode de fonctionnement et sur les interactions souhaitables avec celui-ci. Les règles incorporées par le biais de la culture influencent notre manière d'être dans le monde qui, à la fois, crée des règles communes qui sont à la base de notre succès en tant qu’espèce.

Cependant, la règle définit ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire. Ce qui est bien et ce qui est mal. Ainsi, quand les règles et les normes ne sont pas partagées à l'intérieur d'un même groupe, des conflits peuvent émerger. Voilà un paradoxe intéressant : la culture commune (normes et règles) est à la base du succès et, en même temps, à l’origine des conflits. A l'ère où coexistent au sein des organisations des cultures différentes, la menace du conflit est omniprésente. Développer son intelligence culturelle (CQ) nous permet de créer des règles communes qui contribuent au bon fonctionnement des organisations.



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